Matisse

la couleur comme sensation

Henri Matisse «   La desserte rouge  » 1908. Huile sur toile, 180 x 220cm
Musée de l’Hermitage à Saint -Petersbourg.

“Quand je mets du vert çà ne veut pas dire l’herbe.
Quand je mets du bleu çà ne veut pas dire le ciel.”

L’HISTOIRE DE L’ŒUVRE

Il s’agit d’une commande du collectionneur russe Chtchoukine . “La desserte” sera exposée dans son palais à Moscou, elle deviendra propriété de l’état avec la révolution. Elle est aujourd’hui au Musée de l’Hermitage à Saint-Petersbourg.
Cette desserte rouge a connu deux états antérieurs : d’abord d’un vert assez froid, puis en bleu (couleur initiale de la toile de jouy utilisée comme modèle). Elle est  exposée comme harmonie en bleu au salon d’automne en 1908. S’agit-il d’une concession à l’amateur d’art russe? le rouge est une couleur chargée symboliquement dans la religion orthodoxe “Le coin rouge” est le coin des icônes dans la maison.

ANALYSE DE L’OEUVRE

Les couleurs
Matisse utilise des  couleurs pures (rouge, jaune) auxquelles il associe les couleurs complémentaires (vert et violet) pour produire un effet de  contraste maximum (condensé dans le noir et blanc du tablier de la servante). L’organisation  du tableau est pensée  en fonction des rapports de proximité, d’étendue et de surface des couleurs (une étendue de rouge appelle une surface verte). Ce parti pris justifie la phrase de Matisse : lorsqu’il met du vert, il ne cherche pas à représenter un paysage, mais il place la quantité de couleur nécessaire pour faire vibrer les couleurs et créer le contraste maximum qui produira un effet sur les sens du spectateur. Matisse se revendique comme “peintre décorateur”, mais c’est aussi un compositeur qui écrit une partition.

Les lignes
La ligne courbe : prolifération des lignes courbes qui évoquent les arabesques de l’art islamique auquel Matisse est très sensible par sa dimension décorative. Ces arabesques saturent l’espace sans être soumises à la règle de la perspective et invitent le spectateur à laisser aller son imaginaire.
La ligne droite : structuration par les formes géométriques qui répondent à une logique de construction selon le modèle de la perspective linéaire (la fenêtre et et la chaise).
La conjugaison de ces 2 parti pris traduit les préoccupations de l’art moderne : interroger les codes de la représentation en perspective de la renaissance et aller vers l’autonomie des formes et des couleurs (stade qui n’est franchi ni par Matisse, ni par Picasso)

L’affirmation du plan
Plusieurs éléments contribuent à contredire l’effet de profondeur de la perspective
La répétition du motif : Insistance sur l’effet décoratif.
Les formes. Des formes sans épaisseur qui se détachent nettement sur le fond, un peu comme des papiers découpés (japonisme).
Les formes deviennent signes et se répondent les unes aux autres pour tisser des motifs (la servante et l’arbre, les “fleurs”et les oranges), selon un principe d’analogie. Ces formes dialoguent entre elles pour lier intérieur et extérieur.

intericonicité
Le cannage de la chaise dessine une  croix devant laquelle la servante s’incline. Réminiscence de la peinture religieuse.

Remarque  : « La dessert rouge » est une icône dans l’Art (comme la Joconde). Le mérite t-elle vraiment ? Il s’agit certainement d’un malentendu dont l’image médiatique est à l’origine. En entrant dans la salle « Matisse »au Musée de l’Hermitage à Saint-Petersbourg, le visiteur peut passer devant sans la remarquer. Son format modeste, ses couleurs éteintes (brun-rouge) font que la rencontre avec l’oeuvre déçoit les attentes (pour beaucoup, c’est la même expérience  avec la Joconde). Le mythe n’est pas à la hauteur de la réalité. Toutes les reproductions évacuent cette réalité pour des raisons médiatiques. Il ne faut cependant  pas jeter le bébé avec l’eau du bain, d’autres oeuvres de Matisse méritent notre admiration (pas toutes!).

Voir la séquence « Couleur B.A BA »

Voir la séquence « Copie »

natmorte matisse

Henri Matisse « Nature Morte aux oranges » 1913.                                                                                             Huile sur toile 94 x 83cm. Musée Picasso, Paris

LE CONTEXTE

« Les voyages au Maroc m’aidèrent à reprendre contact avec la nature mieux que ne le permettait une théorie vivante mais quelque peu limitée comme le Fauvisme. J’ai trouvé les paysages au Maroc tels qu’ils sont décrits dans les paysages de Delacroix et les romans de Pierre Loti. Un matin, à Tanger, je montais  à cheval dans une prairie, les fleurs venaient jusqu’à la bouche du cheval. Je me demandais où j’avais connu pareille expérience – c’était en lisant une description de Loti dans Au Maroc. »

Matisse, Écrits et propos sur l’art, Collection savoir : sur l’art – Éditions Hermann –

« Exécutée à Tanger, cette nature morte confirme que Matisse a retrouvé au Maroc un contact direct avec la nature elle-même, comme dispensatrice d’une opulence qui demande à être picturalement transposée… Picasso, qui racheta cette composition, pendant la guerre, à une collectionneuse allemande, la considérait comme le plus précieux des Matisse en sa possession. »

Gérard Durozoi « Matisse »- Éitions Hazan, Paris 1989

ANALYSE DE L’ŒUVRE

Le sujet : l’orange,  présente dans de nombreuses toiles depuis 1896,  est  » L’emblème botanique de l’âge d’or » (Pierre Schneider, Matisse, Flammarion p.463). Le sujet même du tableau « les oranges » est repoussé vers le fond et traité différemment de l’ensemble de la composition.  Le regard du spectateur entre par le support et le décor fleuri pour aller survoler « le compotier » avec les fruits et s’arrêter sur un « décor » fait d’entrelacs de lignes et de surfaces colorés qui évoquent plus un motif que l’intérieur d’une pièce.

Couleurs, lignes et espaces ne peuvent être évoqués séparément :  ces différents éléments renvoient à deux espaces différents dans le tableau : celui du compotier de fruits et son environnement. Le sujet même du tableau est traité de façon réaliste et nous donne une vision convaincante du sujet représenté : les oranges, les feuilles vertes, les citrons et la poterie qui renvoient à « ce que l’on sait des choses ». L’espace environnant est dans la logique du Fauvisme, c’est-à dire, qu’il est conçu plus comme une partition musicale dans laquelle les couleurs et les lignes se répondent avec des timbres et des sonorités différentes pour produire un effet d’harmonie ou de contraste selon le cas (rose de la nappe, rouge du support, rouge du support et bleu intense du fond, lignes droites et lignes courbes dans le fond du tableau) . Le motif fleuri de la nappe fait le lien entre les deux espaces reprenant les couleurs des fruits (le vert et le jaune) et les couleurs de « la pièce »en synthèse (gamme de roses et de violets qui sont le mélange du rouge et du bleu de l’espace environnant).

La perspective est étrange. Le point de vue est de toute évidence du dessus, mais l’artiste invite le regard à s’attarder sur le dessous des choses (« le socle », « les fenêtres », « le balcon »…). La perspective de la pièce est prétexte, comme souvent chez Matisse, à un jeu de lignes qui dessine un motif plus qu’un espace réaliste.

La lumière : la couleur est la lumière, une lumière qui baigne la scène sans qu’aucune zone d’ombre vienne dissimuler le moindre cm² à notre regard.

Voir séquence « peindre un bouquet »

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